Après plusieurs semaines de recul, l'euro enregistre une hausse face au dinar algérien sur le marché noir. Ce léger rebond intervient dans un contexte marqué par des mesures récentes du gouvernement algérien.
Depuis le 9 décembre, l'euro avait connu une baisse marquée sur le marché noir algérien, atteignant son plus bas niveau de 242 dinars le 29 décembre, contre un sommet de 262 dinars plus tôt dans le mois.
Cependant, le 30 décembre, la monnaie unique européenne s’est échangée à 244 dinars sur le Square Port-Saïd d’Alger, principal point de référence des transactions en devises dans le pays. Ce regain, bien que modeste, marque une rupture avec une tendance baissière qui perdurait depuis trois semaines.
Le recul initial de l’euro s’expliquait par une baisse de la demande, couplée à un climat d’attentisme généralisé parmi les acteurs du marché noir. Cependant, la légère hausse récente reflète une réduction de l’offre, alimentée par des facteurs réglementaires et économiques.
Euro : Un climat d'attentisme encouragé par des mesures restrictives
Depuis quelques mois, les autorités algériennes ont annoncé plusieurs réformes significatives destinées à mieux encadrer les transactions en devises et à réduire la dépendance au marché noir. Ces initiatives, bien que saluées par certains observateurs, suscitent des réactions mitigées et ont contribué à une certaine prudence sur le marché parallèle.
- Justificatifs obligatoires pour les voyageurs : Depuis août dernier, les voyageurs non-résidents, y compris les membres de la diaspora algérienne, sont tenus de fournir une preuve de change légal pour les devises qu’ils déclarent à leur arrivée en Algérie. Cette mesure vise à dissuader l’utilisation du marché noir pour le change.
- Limitation des devises exportées : En novembre, une nouvelle réglementation a plafonné le montant de devises qu’un voyageur peut emporter hors d’Algérie à 7500 euros par an. Ce changement contraste avec la pratique précédente qui permettait cette limite pour chaque voyage.
- Augmentation de l’allocation touristique : La réforme la plus attendue, qui entrera en vigueur en janvier, porte sur une augmentation significative de l’allocation touristique pour les Algériens. Celle-ci passera de 100 € à 750 €, ce qui devrait encourager davantage de transactions officielles.
Ces mesures, bien qu’ambitieuses, créent des incertitudes à court terme, notamment en raison de l’absence de détails sur leur mise en œuvre, en particulier pour la réforme de l’allocation touristique.
Une situation de marché encore fragile
La reprise actuelle de l’euro semble davantage liée à une réduction de l’offre qu’à une augmentation de la demande. Sur le marché noir, les vendeurs se montrent plus prudents, attendant de voir les effets des nouvelles mesures sur le volume des transactions en devises.
Ce climat d’incertitude a également été accentué par la chute de près de 8 % de l’euro en trois semaines. Dans les jours à venir, l’évolution des cours dépendra largement de la mise en œuvre des nouvelles politiques économiques.
Les premières semaines de janvier, marquées par l’entrée en vigueur de la nouvelle allocation touristique, pourraient servir d’indicateur pour mesurer l’impact réel de ces réformes sur le marché des devises.
Le rôle du marché noir dans l’économie algérienne
Malgré les efforts des autorités pour canaliser les échanges de devises vers des circuits officiels, le marché noir demeure une composante majeure de l’économie algérienne. Le Square Port-Saïd, à Alger, continue de fixer les taux de change informels, qui influencent les prix dans d’autres régions du pays.
La prédominance de ce marché parallèle reflète les limites des systèmes bancaires formels, souvent jugés inefficaces ou peu accessibles par la population.
Les mesures récemment adoptées pourraient, à terme, encourager une migration progressive vers les circuits officiels. Cependant, cette transition nécessite une stratégie globale incluant une modernisation des services bancaires et une confiance accrue des citoyens dans les institutions financières.
Perspectives pour l’année 2024
L’année 2024 s’annonce déterminante pour le marché des devises en Algérie. Si l’augmentation de l’allocation touristique est mise en œuvre de manière efficace, elle pourrait réduire la dépendance au marché noir et favoriser un meilleur équilibre entre l’offre et la demande.
Cependant, l’impact de ces réformes ne sera mesurable qu’à moyen terme. Pour l’instant, l’euro semble stabilisé à un niveau légèrement supérieur, mais des fluctuations restent probables dans les semaines à venir.
Les observateurs estiment que le véritable test des nouvelles politiques interviendra à l’approche de la saison estivale, période où la demande en devises atteint généralement son pic annuel.








